dimanche 12 juin 2016

Brigitte Fassbaender et Edita Gruberova en conversation d´artistes au Festival Richard Strauss de Garmisch 2016



Après avoir honoré hier après-midi la grande chanteuse slovaque, le Festival Richard Strauss continue de vibrer d´enthousiasme pour Edita Gruberova que recevait aujourd´hui Brigitte Fassbaender pour une conversation d´artistes très décontractée, au coeur à coeur. Brigitte Fassbaender menait la conversation organisée comme une rétrospective des hauts faits de la carrière de la Kammersängerin Gruberova, habilement ponctuée d´anecdotes souriantes ou insolites. La réputation des deux artistes a attiré un public nombreux, relevé par la présence de son Altesse royale le Duc Franz von Bayern.

Avant l´entrée en scène des deux grandes dames de la chanson, on écouta un extrait du grand air de la folie de Lucia di Lammermoor,  un exemple accompli de la technique parfaite et de la maîtrise absolue du suraigu caractéristiques de la prima donna assolutissima. Edita Gruberova évoqua d´entrée de jeu la grande difficulté du chant accompagné de l´harmonica de verre. La conversation se noua ensuite sur l´art du jardinage, une des passions d´Edita, experte en rosiers qu´elle protège par des lavandes. Elle porta ensuite sur les langues pratiquées par la chanteuse qui grandit dans un milieu polyglotte où le hongrois cheminait de concert avec le slovaque et l´allemand, langues auxquelles vinrent s´ajouter l´italien et l´anglais. C´est le pasteur du temple de son enfance qui découvrit son talent de chanteuse, alors qu´elle participait à la chorale. Pourtant la carrière de chanteuse ne lui fut pas tout de suite évidente. Souvent malade, mal soignée par la médecine du régime socialo-communiste, elle avait un moment pensé devenir infirmière. Ce même régime imposait un examen médical pour permettre l´entrée du conservatoire, examen qu´elle passa de justesse. A l´issue du conservatoire de Bratislava, elle chanta sa première Rosina. A 22 ans, on lui offre de chanter Violetta à Banská Bystrica, sans doute était-ce fort tôt pour le rôle, mais l´orchestre ne comportait que six violons...Elle chantera ensuite les quatre rôles des Contes d´Hoffmann dans la même ville.

Edita continue d´évoquer sa carrière avec son arrivée à Vienne en 1970, où elle passe une audition en chantant les deux grands airs de la Reine de la Nuit. L´Opéra de Vienne retient sa candidature et lui confie des petits rôles tels celui de la Modiste dans Rosenkavalier, de Barbarina ou de Kate Pinkerton. Après Rosina et Violetta les rôles secondaires ont de quoi décevoir, mais il est vrai que le grand orchestre de l´Opéra de Vienne a une autre dimension que celle des 6 violons de Banská Bystrica. Elle travaille d´arrache-pied jusqu´au moment clé de sa carrière: la rencontre avec Karl Böhm qui l´auditionne et lancera sa carrière dans le rôle de Zerbinetta, un rôle qu´elle préparera avec un nouveau professeur de chant, Ruthilde Bösch. Edita Gruberova évoque le travail avec le maestro qui la présentera un jour comme " son troisième enfant".  Durant toutes ces années viennoises elle travaille avec acharnement sa maîtrise de la technique.

Brigitte Fassbaender saisit l´occasion de cette évocation de la technique parfaite d´Edita Gruberova pour insister sur l´obligation de transmission des compétences acquises aux plus jeunes. On ne peut arriver à un tel degré de perfection artistique sans en communiquer les arcanes aux nouvelles générations. C´est pour cette raison que la directrice du festival a tant insisté pour qu´Edita fasse les masterclasses.

La conversation s´oriente ensuite vers des anecdotes plus amusantes. Brigitte Fassbaender demande à son amie de nous dévoiler le secret de la petite pochette qu´elle emporte partout avec elle. Edita joue les coquettes, un secret doit rester secret...Mais elle finit par nous dévoiler que ce que son amie prend pour un talisman est en fait l´indispensable tube de rouge à lèvres, qui se perd trop fcilement dans un sac de dame. Puis les deux artistes évoquent les tournées japonaises du Wiener Staatsoper et d´Edita Gruberova qui ont débuté en 1980 avec le rôle de Konstanze. Il est prévu que la cantatrice y retourne cette année au mois d´octobre pour y chanter Norma et donner des soirées d´arias et de Lieder, son quinzième séjour nippon, tout comme en 2017 à la même époque. Elle raconte de manière touchante comment elle fut reçue à Tokyo au palais impérial en audience privée par l´Impératrice qui l´invita à chanter l´Ave Maria de Schubert et qui, en toute simplicité,  l´accompagna elle-même au piano, faisant preuve d´un jeu de qualité. Un petit homme s´introduisit dans la pièce et demanda humblement à l´Impératrice s´il pouvait assister au concert. Ce n´était autre que L´Empereur du Japon! Après cet intermède musical, Edita découvrit que les gens de la Cour s´étaient massés dans le corridor pour l´entendre chanter. Le couple impérial reconduisit la chanteuse à l´entrée du pavillon et la salua gentiment de la main tandis que la voiture s´éloignait. Charmante anecdote!

On nous projette ensuite un extrait du film Hänsel und Gretel August Everding qui avait filmé l´opéra d´Humperdinck en 1981 avec Brigitte Fassbaender dans le rôle de Hänsel et Edita Gruberova en Gretel. C´est d´ailleurs la seule fois qu´Editissima a chanté le rôle. L´extrait au comique inénarrable est celui du "Brüderchen komm dans mit mir!" (Voir l´extrait en fin d´article). Moments aussi émouvants que comiques tant pour les deux chanteuses que pour le public! Les chanteuses se sont aussi rappelé les moments éprouvants du tournage, les levers à cinq heures du matin pour commencer à tourner dès sept heures, ou la blessure qu´Edita s´était faite à l´épaule.

La conversation d´artistes se termine sur l´évocation du grand air de Zerbinetta par Edita Gruberova dont on nous fait voir en clôture la version tournée en 1978 sous la direction de Karl Böhm ( 2ème extrait en fin d´article).

Les deux Kammersängerinnen salueront alors un public  totalement envoûté qui les remercia d´une standing ovation.

Les photos de la conversation d´artistes




Gretel


Zerbinetta
L´épisode du talisman




Crédit photographique: Marco Pohle


Extraits filmés

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